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Les Années perdues de Jésus
Première partie |
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| «Je suis sûr que l'Église Orthodoxe croyait ce livre enterré depuis fort longtemps», me dit Richard Bock tandis qu'il me tendait une copie de La Vie inconnue du Christ. Son intérêt pour les années perdues de Jésus commença avec ce carnet de voyage rédigé par Nicolas Notovitch, un médecin russe qui voyagea très souvent en Afghanistan, aux Indes et au Tibet. |
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![]() Nicolas Notovitch |
Dick Bock fit le même trajet en 1975 et produisit un film documentaire sur les années perdues. Celui-ci inclut un impressionnant témoignage de John C. Trevor, directeur du projet des Manuscrits de la Mer Morte, et d'un physicien nucléaire nommé Ralph Graeber. Mais l'évidence la plus convaincante nous vient d'un petit moine bouddhiste qui apparaît à la moitié du film. «Le Seigneur Jésus...» Le vieil homme laisse voir une dent particulièrement brillante tandis qu'il parle. Sa voix est haute, comme celle d'un petit enfant. |
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«...Le Seigneur Jésus était en Inde durant ce que l'on appelle les années perdues de Jésus», rapporte-t-il. Des années perdues? Je me rappelai la chronologie miméographiée de mon livre à colorier de l'école du dimanche et mes notes marginales dans un texte de collège sur le Nouveau Testament. Il a raison, pensai-je. La Bible fait état de Jésus à l'âge de 12 ans dans le temple. Puis à l'âge de trente ans au fleuve Jourdain. Cela laisse 18 années dont on a aucun récit. Mais en Inde? C'était difficile d'imaginer mon charpentier de Nazareth Jésus se baignant dans le Gange, par exemple. Assis dans la posture du lotus, je songeais à un pays où plus de six cent millions de personnes se battent encore pour entrer dans le XXe siècle. (Ils se promènent sur les éléphants peinturlurés, n'est-ce pas?) Comment est-il possible que cet étrange petit homme puisse savoir si Jésus a jamais mis le pied en Inde? «Lhassa.» Le moine décrit un territoire inhospitalier traversé par une route solitaire qui mène à un monastère tibétain. Ici se trouvent, dit-il, des registres écrits originalement en langue palie – «des anciens rouleaux», explique-t-il, en faisant avec ses doigts le geste de dérouler le rigide parchemin devant mes yeux. «Près de Srinigar dans la vallée heureuse du Cachemire, nous trouvons la légende d'un saint extraordinaire connu des bouddhistes comme saint Issa», dit le moine. «Les événements dans la vie de saint Issa ressemblent de près à la vie de Jésus, révélant ce que l'on croit être les années perdues de Notre Seigneur.» Ce fut une surprise pour moi que Jésus ait pu passer la moitié de sa vie en Orient. Ce fut une surprise aussi que je ne me sois jamais demandé où le Maître avait été durant ce temps. Pour moi, il s'occupait simplement «des affaires de mon Père», comme l'a écrit Luc. |
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Mais, ce qui m'a surpris le plus, c'est que ce bouddhiste agissait comme s'il connaissait Jésus. Non pas de façon historique ou théologique. Mais personnellement. L'entendre parler du «Seigneur Jésus» – cela ressemblait à Noël quand il semble tout à coup approprié de penser au Dieu Tout-Puissant d'une façon intime et profondément aimante. Je n'oublierai jamais le documentaire de Richard Bock mettant en vedette son petit chétien bouddhiste. Cela a changé l'image que je me faisais de Jésus – et cela commença à changer l'image que je me faisais de moi-même. C'est ce que je dis à M. Bock lorsque j'allai le rencontrer pour fin de recherche. Il me dit qu'il avait partagé la même expérience. N'est-il pas vrai, avons-nous convenu, que notre recherche extérieure des années perdues de Jésus est le reflet de quelque chose qui se passe en chacun de nous. Lorsque nous cherchons à trouver la vérité à l'intérieur de nous-mêmes, nous sommes encouragés «par la coïncidence, ou le destin, ou par Dieu», comme le disait Bock, à rechercher la vérité au sujet de la vie de Jésus. Lorsque je commençai à lire ma copie écornée de La Vie inconnue du Christ de Dick, je me rendis compte que Notovitch n'avait fait que suivre un pressentiement d'enfance à l'effet qu'il y avait quelque chose de «majestueusement colossal» au sujet de l'Inde. Son livre parle de la stupéfiante découverte de la légende d'Issa – beaucoup par coïncidence, sans nul doute par destin, et très certainement par la main de Dieu. C'est toute une histoire. L'aristocratique Dr Notovitch et ses porteurs. «Sahib, prends le fusil!» Cela se lit comme un vieux National Geographic, riche en délicieux menus détails de bungalows et de mille-pattes, de boîtes de conserves et de corpulents lamas, de silence et de merveilles. Notovitch vagabonda à travers les pittoresques passes du Bolan, passa le Pendjab, descendit dans les rocs arides du Ladakh et, «la curiosité aidant», alla au-delà de la fameuse Vallée du Cachemire dans le secret inviolable des Himalayas. Le pays des Neiges éternelles. Durant son étude de cette «merveilleuse contrée», Notovitch apprit qu'il existait dans la librairie de Lhassa des registres anciens de la vie de Jésus-Christ. Au cours d'une visite du grand couvent de Hemis, il localisa une traduction tibétaine de la légende et nota soigneusement dans son carnet de voyage plus de deux cents versets du curieux document connu comme étant «La Vie de Saint Issa». |
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Leh, Ladak. Altitude 14,500 pieds. Le grand couvent de Hemis est situé dans les environs de la ville. C'est là que Nicolas Notovitch, Nicholas Roerich et Swami Abhenanda ont vu d'anciens manuscrits documentant la vie de Jésus en Inde et au Tibet.
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La légende rapportée par le Dr Notovitch semble être une collection de témoignages oculaires, un livre de contes racontés par des marchands indigènes arrivant de Palestine où ils s'adonnaient à faire des affaires durant l'exécution controversée d'un homme connu comme «le roi des juifs». Ce genre de service de nouvelles de bouche à oreille est toujours très populaire dans les bazars fantastiques de Calcutta et de Bombay. Un des récits parle d'un israélite nommé Issa, «béni par Dieu et le meilleur de tous», qui fut mis à mort par Ponce Pilate, le gouverneur de Judée. Un autre récit détaillé retrace la lignée d'Issa et est en parallèle étroit avec la scrupuleuse généalogie de Jésus-Christ du chapitre premier de Mathieu. Le Dr Notovitch n'a jamais douté de l'authenticité de ces chroniques, notées avec soin dans la langue palie par des historiens brahmaniques et bouddhistes de l'Inde et du Népal. Il détermina de publier une traduction de la légende d'Issa en au moins une des langues européennes et s'adressa avec enthousiasme à un nombre respectable d'ecclésiastiques «leur suppliant de réviser mes notes» et de lui donner une opinion honnête. Le cardinal Rotelli s'opposa à la publication de la légende pour la prétendue raison que ce serait prématuré. Au cours de leur rencontre à Paris, Rotelli dit à Notovitch que «l'Église souffre déjà trop de la nouvelle vague de pensée athéiste.» À Rome, Notovitch montra le manuscrit de Hemis à un cardinal qui avait ses entrées auprès du pape. «À quoi cela servirait-il de publier cela?», dit le prélat. «Vous allez vous faire un foule d'ennemis. Si c'est une question d'argent pour vous...» Le cardinal ne réussit pas à soudoyer le Dr Notovitch. Mais jusqu'à aujourd'hui, personne n'a entendu parler de saint Issa. Je me demandais pourquoi. (J'aurais bien aimé colorier Jésus se promenant sur un éléphant bariolé.) Il y avait, comme Notovitch le racontait, «une situation pittoresque» au gonpa de Hemis le jour où sa caravane arriva. «Les portes du couvent étaient grandes ouvertes, donnant accès à quelque vingt personnes déguisées en animaux, oiseaux, diables et monstres de toutes sortes.» C'était une pièce de mystère religieux. Un choc culturel pour un orthodoxe russe. «Ma tête tournait,» avoua Notovitch. «De jeunes hommes, vêtus en guerriers, sortirent du temple. Ils portaient de monstrueux masques verts. Faisant un barouf infernal avec leurs tambourins et leurs cloches, ils tournoyaient autour des dieux assis sur le sol....» Le spectacle prolongé fut récompensé par une invitation du chef lama à boire du «tchang» en honneur du festival. Notovitch s'assit sur un banc en face du vénérable lama. «Que signifient ces masques, ces costumes, ces cloches et ces danses?, demanda-t-il en diplomate. Le lama brossa une brève histoire du bouddhisme tibétain, terminant sur une âpre accusation de la classe des prêtres, ceux appelés les brahmanes, qui avait fait de la sainte doctrine une affaire de commerce. «Nos premiers saints prophètes, auxquels nous donnons le titre de bouddhas, se sont établis depuis longtemps dans différents pays du globe», a-t-il dit. «Leurs sermons visaient avant tout la tyrannie des brahmanes....» C'est ici que Notovitch saisit l'occasion d'aborder le sujet qui lui tenait tant à cœur. |
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