Les Années perdues de Jésus
2e partie
 

        «Durant une récente visite que j'ai faite dans un gonpa», commença-t-il, «un des lamas me parla d'un certain prophète, ou, comme vous diriez, d'un bouddha du nom d'Issa. Pouvez-vous me dire quelque chose de son existence?»

        «Le nom d'Issa est tenu en grande estime par les bouddhistes», répondit le lama. «Mais on connaît peu de chose de lui en dehors des chefs lamas qui ont lu les rouleaux concernant sa vie.

       «Les documents concernant son existence – rapportés de l'Inde au Népal et du Népal au Tibet – sont écrits en langue palie et sont maintenant à Lhassa. Mais une copie rédigée dans notre langue – c'est-à-dire le tibétain – existe dans ce couvent.»

       «Commettriez-vous un péché si vous récitiez ces copies à un étranger?» s'aventura de demander Notovitch.

       «Ce qui appartient à Dieu appartient aussi à l'homme», dit le lama. «Je ne suis pas sûr de l'endroit où trouver ces papiers. Mais si jamais vous visitez notre gonpa de nouveau, il me fera plaisir de vous les montrer.»

       Le Dr Notovitch n'était pas sûr du moment où il considérerait de retourner dans le pays sauvage de l'Hindoustan. Il se souvenait des «habitants carnivores» de Kangra. Et de Zodgi-La, là où sa caravane marcha sur la pointe des pieds dans des gorges à même le roc larges à peine d'un mètre. «Mon cœur s'est figé plus d'une fois durant ce voyage périlleux.»

 

       Mais, pour comble de chance, une violente chute de cheval fournit à Notovitch une excuse inespérée pour retourner immédiatement au monastère. Sa jambe fracturée était retenue par une attelle de fortune – «un porteur supportant ma jambe tandis qu'un autre tenait mon cheval par la bride.» «Les Montagnes Roses»
«Les Montagnes Roses» Copyright © Nicholas Roerich Museum. New York. Reproduit avec la permission du Musée Nicholas Roerich.

       La caravane arriva à Himis tard ce soir-là.

        «En entendant parler de mon accident, tout le monde sortit à ma rencontre», se rappella Notovitch. «Je fus transporté avec grand soin dans la meilleure de leurs chambres sous la surveillance immédiate du supérieur, qui pressa avec affection la main que je lui offrais en gratitude.»

        L'affable lama entretint Notovitch la journée suivante avec des histoires sans fin. Finalement, «se rendant à mes intenses supplications», il apporta deux grands volumes jaunis et lui lut la biographie de saint Issa. Notovitch enrôla un membre de son groupe à la traduction du tibétain tandis qu'il notait soigneusement chaque verset sur les pages de la fin de son journal.

       La légende commence avec la crucifixion.

        La terre a tremblé et les cieux ont pleuré à cause d'un grand crime commis au pays d'Israël.

        Car ils ont torturé et mis à mort le grand et juste Issa, en qui habitait l'âme de l'univers,

        Qui était incarnée comme un simple mortel afin de faire du bien aux hommes et d'exterminer leurs pensées mauvaises

        Et afin de ramener l'homme dégradé par ses péchés à une vie de paix, d'amour et de bonheur et pour lui rappeler l'unique et indivisible Créateur, dont la miséricorde est infinie et sans limites....

        En ce temps est arrivé le moment où le Juge tout-miséricordieux a choisi de s'incarner dans un être humain.

        Et l'Esprit Éternel, habitant un état d'inaction complète et de béatitude suprême, s'éveilla et se détacha pour une période indéfinie de l'Être Éternel,

        Afin de démontrer en tant qu'humanité le moyen de l'autoidentification avec la Divinité et et la façon d'atteindre la félicité éternelle,

        Et de démontrer par l'exemple comment l'homme peut atteindre la pureté morale et, en séparant son âme de sa spirale mortelle, le degré de perfection nécessaire pour entrer dans le royaume des cieux, qui demeure inchangé et où règne le bonheur éternel.

        Peu après, un enfant merveilleux naquit au pays d'Israël, Dieu lui-même parlant par la bouche de cet enfant de la fragilité du corps et de la grandeur de l'âme.

        Les parents du nouveau-né étaient des gens pauvres, appartenant de naissance à une famille renommée par sa piété, qui, oubliant leur ancienne éminence sur terre, glorifiait le nom du Créateur et le remerciait des malheurs par lesquels il jugeait à propos de les éprouver.

        Pour les récompenser de ne pas s'éloigner de la voie de la vérité, Dieu bénit le premier-né de cette famille. Il le choisit en tant que son élu et l'envoya aider ceux qui étaient tombés dans le mal et pour guérir ceux qui étaient dans la souffrance.

        Le divin enfant, auquel on donna le nom d'Issa, commença dès son plus jeune âge à parler du Dieu unique et indivisible, exhortant les âmes de ceux qui s'étaient perdus au repentir et à la purification des péchés dont ils étaient coupables.

        Les gens venaient de partout pour l'écouter, et ils s'étonnaient des discours qui provenaient de sa bouche d'enfant. Tous les israélites étaient d'accord pour dire que l'Esprit Éternel habitait cet enfant.

        Lorsqu'Issa eut atteint l'âge de treize ans, époque à laquelle un israélite devait prendre femme,

        La maison où ses parents gagnaient leur vie en pratiquant un métier modeste commença à être le lieu de rendez-vous de gens riches et nobles, désireux d'avoir pour gendre le jeune Issa, déjà fameux pour ses discours édifiants au nom du Tout-Puissant.

        C'est à ce moment qu'issa quitta la maison paternelle en secret, quitta Jérusalem, et partit avec les marchands pour le Sind,

        Avec l'intention de se perfectionner dans le Divin Verbe et d'étudier les lois des grands Bouddhas.

   
[1re partie] | [2e partie] | [3e partie] | [4e partie] | [Page frontispice]